L’installation d’une VMC sans entrées d’air représente une problématique technique majeure qui affecte directement la qualité de l’air intérieur et les performances énergétiques d’un bâtiment. Cette configuration défaillante, malheureusement encore observée dans certaines installations, génère des dysfonctionnements importants qui compromettent à la fois le confort des occupants et la conformité réglementaire. Les conséquences s’étendent des infiltrations d’air parasites aux risques sanitaires, en passant par une surconsommation énergétique significative. Comprendre ces mécanismes défaillants permet d’identifier rapidement les signes d’une installation inadéquate et d’orienter vers les solutions correctives appropriées.

Principe de fonctionnement d’une VMC sans entrée d’air neuf

Mécanisme d’extraction par dépression dans les systèmes VMC simple flux

Une VMC simple flux fonctionne selon le principe de l’extraction mécanique de l’air vicié des pièces humides. Lorsque le ventilateur aspire l’air intérieur, il crée automatiquement une dépression dans le logement. Cette dépression doit normalement être compensée par l’entrée d’air neuf via des entrées d’air spécifiquement prévues à cet effet. Sans ces entrées d’air, le système continue de fonctionner mais puise l’air de compensation par tous les défauts d’étanchéité disponibles.

Le débit d’extraction reste théoriquement identique, mais la qualité de l’air entrant devient totalement incontrôlée. L’air pénètre par les passages de câbles, les joints de fenêtres, les fissures murales ou encore les conduits de cheminée. Cette situation transforme l’habitat en véritable « passoire à air » où les flux deviennent chaotiques et imprévisibles selon les conditions météorologiques.

Absence de compensation d’air frais extérieur et circulation fermée

L’absence d’entrées d’air dimensionnées crée un système de ventilation en circuit fermé partiel . Le renouvellement d’air s’effectue uniquement par les infiltrations parasites, souvent insuffisantes pour assurer les débits réglementaires. Cette configuration génère une augmentation de la dépression intérieure, pouvant atteindre des valeurs de 15 à 30 Pascal, bien supérieures aux 5 Pascal recommandés.

Les conséquences immédiates incluent des difficultés d’ouverture des portes extérieures, des courants d’air froids localisés et une répartition inégale du renouvellement d’air entre les pièces. Certaines zones peuvent être sur-ventilées tandis que d’autres restent confinées, créant des zones mortes particulièrement problématiques pour la qualité d’air intérieur.

Différences techniques avec les VMC double flux atlantic et aldes

Les systèmes VMC double flux intègrent naturellement la gestion des entrées d’air via leur réseau d’insufflation. Ces équipements, proposés par des fabricants comme Atlantic ou Aldes, compensent automatiquement l’extraction par une insufflation contrôlée d’air neuf filtré et préchauffé. Cette technologie élimine intrinsèquement le problème des entrées d’air manquantes.

Cependant, même sur ces systèmes sophistiqués, des erreurs d’installation peuvent créer des déséquilibres. Un réseau d’insufflation sous-dimensionné ou mal étanché peut générer des problématiques similaires à une VMC simple flux sans entrées d’air. La différence réside dans la capacité de régulation et de contrôle des débits, nettement supérieure sur les systèmes double flux.

Impact sur les débits d’extraction réglementaires selon la norme NF DTU 68.3

La norme NF DTU 68.3 impose des débits minimaux d’extraction selon le nombre de pièces principales du logement. Pour un logement de 4 pièces principales, le débit total doit atteindre 105 m³/h, répartis entre cuisine (45 m³/h), salle de bains (30 m³/h) et WC (30 m³/h). Sans entrées d’air adéquates, ces débits ne peuvent être maintenus de façon pérenne.

L’absence d’entrées d’air entraîne une chute progressive des débits d’extraction car le ventilateur peine à aspirer l’air nécessaire. Cette dégradation des performances peut atteindre 30 à 50% du débit nominal, plaçant l’installation en situation de non-conformité réglementaire. Les mesures de réception ou de contrôle périodique révèlent alors des débits insuffisants, nécessitant une mise en conformité.

Conséquences thermiques et énergétiques sur l’habitat

Infiltrations d’air parasites par les défauts d’étanchéité du bâti

L’absence d’entrées d’air contrôlées oblige le système à puiser l’air de compensation via tous les défauts d’étanchéité du bâti. Ces infiltrations parasites se concentrent généralement au niveau des menuiseries, des passages de réseaux et des liaisons entre matériaux. Contrairement aux entrées d’air régulées, ces flux sont directement soumis aux variations de pression extérieure et aux conditions météorologiques.

Par vent fort, les débits d’infiltration peuvent tripler, créant des courants d’air froids particulièrement désagréables pour les occupants. À l’inverse, par temps calme, le renouvellement d’air devient insuffisant, dégradant la qualité de l’air intérieur. Cette variabilité incontrôlée compromet le confort thermique et rend impossible toute prédiction des consommations énergétiques.

Surconsommation de chauffage due aux entrées d’air non contrôlées

Les infiltrations d’air parasites introduisent de l’air extérieur non préchauffé directement dans les espaces chauffés. Cette situation génère une surconsommation de chauffage estimée entre 15 et 25% par rapport à une installation conforme. L’air froid entrant doit être réchauffé instantanément, créant des appels de puissance importants sur les générateurs de chaleur.

L’impact énergétique varie selon la saison et l’exposition du bâtiment. En période hivernale, avec des températures extérieures de -5°C, chaque mètre cube d’air infiltré à 20°C nécessite environ 8 Wh d’énergie de chauffage. Sur un logement de 100 m² avec des infiltrations de 200 m³/h, la surconsommation annuelle peut atteindre 800 à 1200 kWh, soit une augmentation de facture de 150 à 250 euros par an.

Déséquilibres thermiques entre zones chauffées et non chauffées

Les infiltrations d’air parasites créent des déséquilibres thermiques importants entre les différentes zones du logement. Les pièces situées côté vent dominant subissent des infiltrations plus importantes, générant des zones froides localisées . Parallèlement, les espaces protégés peuvent souffrir d’un manque de renouvellement d’air.

Ces déséquilibres affectent particulièrement les logements à étages, où les différences de pression dues au tirage thermique s’ajoutent aux effets du vent. Les pièces du rez-de-chaussée peuvent être sur-ventilées tandis que celles de l’étage restent confinées. Cette situation génère des écarts de température pouvant atteindre 3 à 5°C entre les pièces, compromettant l’homogénéité du confort thermique.

Performance énergétique dégradée selon les critères RT 2012 et RE 2020

La réglementation thermique RT 2012 et la future RE 2020 intègrent les performances de ventilation dans le calcul de la consommation énergétique globale du bâtiment. Une VMC sans entrées d’air génère des déperditions thermiques supplémentaires qui dégradent significativement les indicateurs de performance énergétique.

L’indicateur Cep (consommation d’énergie primaire) peut augmenter de 10 à 20 kWhep/m².an, compromettant l’obtention des labels énergétiques visés. Pour un bâtiment BBC, cette dégradation peut faire passer la consommation de 45 à 55 kWhep/m².an, déclassant le projet. La prise en compte de ces dysfonctionnements dans les logiciels de calcul thermique nécessite une modélisation spécifique des infiltrations parasites.

Problématiques de qualité d’air intérieur et renouvellement insuffisant

Accumulation de polluants intérieurs CO2, COV et formaldéhydes

Un système de ventilation dysfonctionnel entraîne une accumulation progressive des polluants intérieurs. Le CO2, produit par la respiration des occupants, constitue un indicateur fiable de la qualité du renouvellement d’air. Dans un logement correctement ventilé, la concentration ne dépasse généralement pas 800 à 1000 ppm. Sans entrées d’air suffisantes, cette valeur peut atteindre 1500 à 2000 ppm, provoquant fatigue, maux de tête et baisse de concentration.

Les composés organiques volatils (COV) émis par les matériaux de construction, les meubles et les produits d’entretien s’accumulent également. Le formaldéhyde, classé cancérogène par l’OMS, peut voir sa concentration doubler en cas de renouvellement d’air insuffisant. Cette situation expose les occupants à des risques sanitaires chroniques, particulièrement préoccupants pour les enfants et les personnes sensibles.

Défaillance du renouvellement d’air selon les débits ADEME recommandés

L’ADEME préconise un renouvellement d’air minimal de 0,5 volume par heure pour maintenir une qualité d’air intérieur acceptable. Ce taux correspond à environ 125 m³/h pour un logement de 100 m² avec une hauteur sous plafond de 2,5 mètres. Une VMC sans entrées d’air ne peut assurer ce renouvellement que par temps venteux, créant des variations importantes selon les conditions météorologiques.

Les mesures in situ révèlent fréquemment des taux de renouvellement inférieurs à 0,2 volume par heure par temps calme, soit moins de la moitié des recommandations. Cette insuffisance chronique compromet l’évacuation de l’humidité de production (cuisson, douches, séchage du linge) et favorise le développement de moisissures dans les zones les moins ventilées.

Risques sanitaires liés à la concentration de particules fines PM2.5

Les particules fines PM2.5, d’origine extérieure (trafic, industries) ou intérieure (cuisson, bougies, encens), s’accumulent dans les logements mal ventilés. Ces particules, d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, pénètrent profondément dans les voies respiratoires et sont associées à des pathologies cardiovasculaires et pulmonaires. L’OMS recommande de ne pas dépasser 15 µg/m³ en moyenne annuelle.

Un renouvellement d’air insuffisant peut faire doubler cette concentration, particulièrement en période hivernale où la ventilation naturelle est réduite. Les enfants et personnes âgées sont particulièrement vulnérables à cette exposition chronique. Des études récentes montrent qu’une exposition prolongée à des concentrations de 30 µg/m³ augmente de 15% le risque de pathologies respiratoires chroniques.

Non-conformité aux exigences de la réglementation sanitaire départementale

La réglementation sanitaire départementale (RSD) impose des débits minimaux de ventilation selon l’usage des locaux. Pour l’habitat, ces exigences rejoignent celles de l’arrêté du 24 mars 1982 modifié, qui impose une ventilation générale et permanente. Une VMC sans entrées d’air ne peut respecter ces obligations légales, exposant le propriétaire à des sanctions.

Les contrôles réglementaires, notamment lors de mises en location, peuvent révéler ces non-conformités sanitaires . Les services d’hygiène communaux disposent du pouvoir d’imposer des travaux de mise en conformité sous astreinte financière. Le coût de ces mises aux normes, incluant percement et pose d’entrées d’air, varie généralement entre 800 et 1500 euros selon la configuration du logement.

Dysfonctionnements techniques des équipements de ventilation

L’absence d’entrées d’air génère des contraintes mécaniques importantes sur le groupe d’extraction. Le ventilateur doit fonctionner contre une pression statique élevée, réduisant ses performances et accélérant son usure. Cette situation se traduit par une augmentation du bruit de fonctionnement et une consommation électrique supérieure à celle prévue par le constructeur.

Les moteurs électriques subissent un stress thermique accru, pouvant réduire leur durée de vie de 30 à 50%. Les roulements et les hélices s’usent prématurément sous l’effet des surpressions. Cette dégradation progressive peut conduire à des pannes récurrentes nécessitant des interventions de maintenance plus fréquentes, avec un surcoût d’exploitation significatif.

Les conduits de ventilation sont également affectés par ces dysfonctionnements. Les surpressions générées peuvent provoquer des déconnexions de gaines ou des fuites au niveau des raccordements. Ces défauts aggravent encore le rendement du système et peuvent générer des infiltrations d’air vicié dans les combles ou les cloisons, créant des risques de condensation et de moisissures invisibles.

Le phénomène de « pompage » du ventilateur constitue un autre dysfonctionnement caractéristique. Face à une résistance élevée, le groupe alterne entre phases d’aspiration normale et phases de quasi-blocage, générant des variations de débit importantes. Cette instabilité se traduit par des bruits cycliques désagréables et une efficacité énergétique dégradée, avec des consommations pouvant doubler

par rapport aux valeurs nominales.

Solutions correctives et mise en conformité réglementaire

La correction d’une installation VMC sans entrées d’air nécessite une approche méthodique pour rétablir l’équilibre des flux d’air. La première étape consiste à dimensionner correctement les entrées d’air selon les débits d’extraction existants. Pour une VMC simple flux, il faut prévoir des entrées d’air d’un débit équivalent à celui de l’extraction, soit généralement entre 15 et 45 m³/h par entrée selon la pièce concernée. Ces entrées doivent être positionnées dans les pièces principales (salon, chambres) pour assurer une circulation d’air optimale vers les pièces de service.

L’installation des entrées d’air peut s’effectuer selon plusieurs techniques adaptées au type de menuiseries existantes. Sur des fenêtres récentes, l’intégration d’entrées d’air autoréglables dans la traverse haute du dormant constitue la solution la plus esthétique et efficace. Pour les menuiseries anciennes, le percement de l’ouvrant avec pose d’une grille extérieure et d’un régleur intérieur offre une alternative viable. Dans certains cas, l’installation d’entrées d’air murales peut s’avérer nécessaire, nécessitant un percement de 120 à 160 mm de diamètre.

La mise en conformité implique également la vérification et l’ajustement du réseau de distribution existant. Les conduits doivent être contrôlés pour détecter d’éventuelles fuites ou déconnexions causées par les surpressions antérieures. Le rééquilibrage des débits s’effectue généralement par réglage des registres de débit au niveau du caisson ou des bouches d’extraction. Cette opération nécessite l’utilisation d’un anémomètre pour vérifier que les débits réglementaires sont atteints dans chaque pièce de service.

Pour optimiser l’efficacité énergétique de l’installation corrigée, l’ajout d’un système de régulation hygroréglable peut s’avérer judicieux. Les bouches d’extraction hygroréglables adaptent automatiquement leur débit selon le taux d’humidité, réduisant les consommations énergétiques de 10 à 15%. Cette technologie compense partiellement la surconsommation générée par les années de fonctionnement défaillant et améliore le confort des occupants.

Diagnostic et contrôle des installations VMC défaillantes

L’identification d’une VMC sans entrées d’air s’effectue par un diagnostic visuel et instrumental complet de l’installation. Le contrôle visuel permet de vérifier la présence et l’état des entrées d’air sur les menuiseries des pièces principales. L’absence totale d’entrées d’air ou leur obstruction constituent des indices manifestes de dysfonctionnement. L’inspection doit également porter sur l’état des bouches d’extraction, souvent encrassées en raison des débits insuffisants.

La mesure des débits d’extraction constitue l’élément de diagnostic le plus fiable. Effectuée à l’aide d’un anémomètre ou d’un débitmètre, cette mesure révèle immédiatement l’écart avec les valeurs réglementaires. Des débits inférieurs de plus de 20% aux valeurs nominales indiquent généralement un problème d’alimentation en air neuf. La mesure de la dépression intérieure, réalisée avec un micro-manomètre, complète ce diagnostic en révélant des valeurs excessives (supérieures à 10 Pascal) caractéristiques des installations défaillantes.

Le contrôle thermographique permet d’identifier les infiltrations d’air parasites générées par l’absence d’entrées d’air réglementaires. Cette technique révèle les zones de refroidissement causées par les infiltrations d’air froid non maîtrisées. Les images thermographiques mettent en évidence les ponts thermiques créés par ces flux d’air, particulièrement visibles au niveau des menuiseries, des passages de câbles et des liaisons entre matériaux.

L’analyse de la qualité d’air intérieur complète le diagnostic en mesurant les concentrations de CO2, de COV et de particules fines. Des teneurs élevées en CO2 (supérieures à 1000 ppm) associées à des débits d’extraction théoriquement corrects confirment l’insuffisance du renouvellement d’air. Cette approche globale permet d’évaluer précisément l’impact sanitaire du dysfonctionnement et de justifier l’urgence des travaux correctifs auprès des occupants.

La périodicité du contrôle des installations VMC doit être adaptée au type de bâtiment et à l’usage. Pour l’habitat individuel, un contrôle tous les 3 ans permet de détecter précocement les dérives de performance. Dans les bâtiments collectifs, la réglementation impose des contrôles annuels par des organismes agréés. Ces contrôles systématiques permettent d’identifier rapidement les installations défaillantes et d’orienter les propriétaires vers les solutions correctives appropriées avant que les dysfonctionnements ne génèrent des pathologies du bâti ou des risques sanitaires pour les occupants.